C’est LA question qui brûle vos lèvres quand vous découvrez les résultats de votre première ACV :
« Alors ? c’est bon ou c’est pas bon ? »
Et quoi de plus normal. On vous met des chiffres sous les yeux. Qui plus est, plein de chiffres : les 16 indicateurs environnementaux de la méthode EF, tous décomposés par étape de cycle de vie. Vous voyez le genre de graphique qui pique bien les yeux ?
Donc 1) vous êtes un peu perdu. Et 2) vous vous projetez déjà dans l’exercice qui suit : « Faut-il s’améliorer ? Et si oui, comment ? »
Dans cet article, je vous livre mon point de vue et les quelques réponses que je donne à mes clients quand ils se posent ces questions.
Séparer « comparaison » et « cible à atteindre »
Déjà, je pense qu’il faut séparer deux choses :
- L’envie irrésistible de « se comparer » avec les autres.
- La question de la « cible à atteindre ».
En clair, il y a :
- D’un côté, votre classement dans la classe. Ex : Vous êtes le meilleur élève / dans la moyenne…
- Et de l’autre, la note à atteindre. Ex : Avoir 10/20 pour obtenir le BAC ; Être neutre en carbone(*)…
(*) on doit plutôt dire « contribuer à la neutralité carbone à l’échelle mondiale » ;p
Pour commencer parlons de « comparaison ».
Plusieurs approches graduelles existent.
1. Trouver des équivalences
Déjà, on peut commencer par établir des équivalences. Les fameux nombres équivalents d’A/R Paris > New York associés à votre Bilan Carbone. Cela vous donnera des ordres de grandeurs, des repères et vous aidera dans votre communication interne.
Perso, je trouve que le comparateur de impactco2.fr est juste parfait pour ça. Super simple, il suffit d’entrer une valeur d’émissions de GES et de choisir les équivalents qui vous parlent le plus.
Pour les autres indicateurs que le CO2, je ne connais pas de comparateurs assez pratiques mais il est toujours possible de raisonner au cas par cas. Par exemple, de traduire l’unité relative à l’épuisement des ressources minérales et métalliques (les kg d’antimoine équivalent (Sb eq)) en quelque chose de plus concret et représentatif de vos produits, comme des kg de pièces en aluminium par exemple.
2. Vérifier la cohérence de vos résultats
Pour aller plus loin, toujours sur le CO2, vous pouvez confirmer que l’origine et la nature de vos impacts sont bien cohérents avec des produits relativement proches.
Pour cela, en m’appuyant sur des données de l’ADEME, j’ai construit un graphique qui permet de se positionner par rapport aux impacts de différentes catégories de produits en les ramenant à 1 kg.
De plus, ce graphique décompose les impacts entre l’étape de production et l’étape d’utilisation (+ fin de vie). Il permet donc également d’identifier les priorités d’optimisation dans une optique d’éco-conception.

Télécharger les données du graphique vous positionner vos résultats d’ACV.
3. Se comparer, toutes choses égales par ailleurs
Ensuite, pour pouvoir comparer vos résultats avec d’autres études, dont celles de vos concurrents, vous devrez vous assurer d’avoir les mêmes :
- Unité fonctionnelle
- Périmètre d’étude, frontières du système et exclusions éventuelles
- Hypothèses de modélisation
- Méthode de caractérisation (ex : méthode EF 3.1)
Donc, sauf si les ACV comparées respectent le même référentiel de calcul ou PCR (Product Category Rules), il est généralement difficile de comparer des résultats d’études différentes.
4. Définir un objectif et une trajectoire
Enfin, vient le moment tant redouté du jugement.
Dans l’absolu, l’approche AESA (Absolute Environmental Sustainability Assessment) semble très prometteuse. Elle est relativement peu répandue mais permet a priori de définir des seuils à ne pas dépasser baser sur les limites planétaires. La difficulté réside donc dans l’établissement de votre « quota écologique » ou de vos « droits à polluer ».
Je n’ai pas encore eu la chance de tester cette méthode mais promis je ferai un article détaillé à ce sujet dès que ce sera le cas !
Conclusion : le plus simple est de raisonner en relatif.
C’est à dire par rapport à une situation de référence. Ex : une année ou un produit spécifique. Et ainsi de définir des objectifs de réductions de vos impacts associés à une trajectoire dans le temps.
A ce sujet, si vous commencez ne soyez pas trop ambitieux.
En éco-conception, réduire de 10% les émissions de GES de votre produit best-selle tout en contrôlant les transferts d’impacts sur les autres indicateurs environnementaux (épuisement des ressources, acidification, particules…) c’est déjà très bien.
Et inscrivez le tout dans une trajectoire globale, alignée avec votre démarche RSE, qui devrait vous faire repenser votre modèle d’affaire, pour devenir de vrais acteurs de l’économie circulaire.
Sources :
- ADEME (2018), Modélisation et évaluation du poids carbone de produits de consommation et biens d’équipement
- ADEME (2018), Modélisation et évaluation des impacts environnementaux de produits de consommation et biens d’équipement
- ADEME (2019), Modélisation et évaluation environnementale de produits de consommation et biens d’équipement
